HELENA MINGINOWICZ: OUT OF ORDER

8 Octobre - 14 Novembre 2026
Présentation
VERNISSAGE LE JEUDI 8 OCTOBRE 2026 (18H-21H)
 
Après une première présentation remarquée à la Galerie Prima, l’artiste polonaise Helena Minginowicz (née en 1984 à Poznań) revient avec Out of Order, une nouvelle exposition personnelle réunissant un ensemble inédit de peintures sur toile et, pour la première fois à Paris et en France, ses délicats travaux sur paper towels. L’exposition s’attache à ce que nos représentations laissent habituellement hors champ : les gestes ordinaires, l’intimité, la vulnérabilité, le corps et les traces que nous préférerions parfois voir disparaître.
 
Le titre de l’exposition évoque moins le désordre que le dérèglement d’un ordre établi. Dans ses notes, Minginowicz rappelle que chaque culture construit sa propre hiérarchie de valeurs, déterminant ce qui mérite d’être représenté, admiré et transmis. L’histoire de la peinture traverse ainsi directement Out of Order. Les références à la peinture italienne affleurent dans plusieurs compositions. Source, avec son corps féminin allongé, évoque la Vénus d’Urbin du Titien. Ailleurs, les citations sont plus directes : L’Incrédulité de saint Thomas du Caravage réapparaît dans Love your neighbor as yourself, tandis que son Garçon avec une corbeille de fruits se retrouve dans Hookupp. Dans les deux cas, ces images canoniques sont déplacées sur la représentation de sacs plastiques, mettant en regard la permanence que nous accordons aux chefs-d’œuvre et le caractère ordinaire, fonctionnel et jetable de leur nouveau support.
 
Ces déplacements caractérisent plus largement la pratique de Minginowicz. Formée à la peinture classique, elle en connaît les codes autant qu’elle cherche à les dérégler. À l’aérographe, elle construit ses images en réduisant volontairement la visibilité de son propre geste. Transparences, superpositions, cadrages et fragments produisent des scènes familières dont quelque chose semble pourtant ne pas être tout à fait à sa place. Cette étrangeté peut glisser vers l’inconfort, l’humour ou parfois le mauvais goût, une limite que l’artiste n’hésite pas à éprouver. Car la question de ce qui est digne d’être représenté est aussi une question de goût, et donc de hiérarchie. Aux sujets historiquement légitimés par la peinture, Minginowicz confronte l’intimité, la gêne, le désir, les fluides corporels, le vieillissement ou la mortalité. Il ne s’agit pas pour elle de substituer le laid au beau, mais d’interroger les catégories mêmes qui organisent notre regard.
 
“We want to be like canvas, but we are much more like a paper towel, not because we are worth less, but because we are finite.” Helena Minginowicz
 
C’est dans les œuvres sur paper towels que cette réflexion prend sa forme la plus directe. L’essuie-tout, conçu pour absorber, nettoyer puis être jeté, change ici de fonction et de statut. Dans Heaven, des chérubins apparaissent sur sa trame gaufrée. Dans The Kiss, deux bouches s’y rejoignent. Ces feuilles sont ensuite prises dans d’épais blocs d’acrylique transparent qui fonctionnent, selon les mots de l’artiste, comme des reliquaires contemporains, préservant ce qui était destiné à être utilisé puis jeté.
 
Disorder condense peut-être le plus clairement le principe à l’œuvre dans l’exposition. Sur une feuille d’essuie-tout déchirée, un portrait d’apparence classique est coupé horizontalement, les deux parties du visage légèrement décalées. L’image n’est pas détruite, son ordre est perturbé. 
Ce même déplacement traverse Out of Order, entre peinture classique et culture visuelle contemporaine, toile et matériau jetable, objet fonctionnel et œuvre à préserver. Minginowicz interroge ainsi moins la valeur des choses elles-mêmes que les hiérarchies qui déterminent ce que nous choisissons de regarder et de conserver.
Œuvres